Bakari GUEYE

Mauritanie : Conférence sur la réconciliation en Cote d’Ivoire

04
Crédit photo: B.G

Le SIMAS qui s’investit depuis sa création pour le retour de la paix en RCI est revenue à la charge ce dimanche 17 mai en organisant une table ronde sous le thème : « Réconciliation nationale en Cote d’Ivoire : Quels enjeux pour la stabilité économique& sécuritaire de la Cote d’Ivoire & celle de la sous région ».
L’événement a eu lieu au restaurant Kida située dans le quartier résidentiel de Tevrak Zeina à Nouakchott et la conférence fut animée par le Dr Watsanga, professeur dans les universités américaines (Massachussets, Dakota…), un africaniste convaincu, ancien compagnon de lutte de Mehdi Ben Barka. On notait également la présence de quelques journalistes et d’un public constitués d’invités d’horizons divers dont entre autre la diva mauritanienne Coumba Sala qui a donné le ton à cette manifestation en entonnant un hymne à la réconciliation en Cote d’ivoire et à la solidité des liens entre ce pays et la Mauritanie.
Après l’intervention de M. Taoua Doh Marcel, président de la Solidarité Ivoiro-Maghrébine et Sahélienne(SIMAS) qui a souhaité la bienvenue aux invités et qui a indiqué que son mouvement a pour vocation de favoriser une dynamique de coopération entre la Cote d’Ivoire et la Mauritanie particulièrement et généralement entre la Cote d’Ivoire et les autres pays du Maghreb et le G5 du Sahel.
La parole fut passée au conférencier qui a d’emblée opté pour une approche participative donnant tour à tour la parole aux différents participants permettant ainsi d’instaurer un débat fructueux qui finit par faire jaillir la lumière sur la nécessité et la manière dont on pourrait aboutir à une véritable réconciliation en Cote d’Ivoire.
Pour le professeur Watsanga, la Cote d’Ivoire doit nous intéresser tous en tant qu’africains afin de relever les défis de la réconciliation et du développement. Reste à savoir s’interrogea le professeur comment et quelle dynamique faudrait-il instaurer pour amener le peuple ivoirien à atteindre ces objectifs.
A la question de savoir si la situation en Cote d’Ivoire a eu des répercussions dans les pays de la région, tous les intervenants ont répondu par oui.
Selon Sawadogo Housseyni, président de la communauté burkinabé en Mauritanie, avant l’éclatement de la crise, les échanges économiques entre le Burkina et la Cote d’Ivoire tournaient autour de 150 milliards de FCFA par an. Et le Burkina comme beaucoup d’autres pays s’est retrouvé avec des milliers de concitoyens sous le bras chassés par la guerre.
Même son de cloche chez M. Dapleu, doyen de la communauté ivoirienne en Mauritanie qui a prôné avec force la réconciliation nationale dans son pays, une réconciliation qui, dit-il ne peut qu’avoir un impact positif sur les pays de la sous région. Selon lui, la Cote d’Ivoire a toujours été un pays d’ouverture, un pays d’accueil. Il a rappelé que Houphouët a créé le RDA en 1946 à Bamako au Soudan français(Mali) donc la Cote d’Ivoire a toujours été leader et les militants du RDA étaient dans la plupart des pays africains.
Au sujet de la solidarité et de l’ouverture de la Cote d’Ivoire, M. Dapleu a donné l’exemple de la ville de Bouaké, considérée comme la 2ème ville du Mali vu la forte présence des ressortissants maliens dans cette cité.
Au sujet des relations historiques exemplaires entre la Mauritanie et la Cote d’Ivoire, M.Dapleu a affirmé que son pays a acquis son indépendance le 07 aout 1960 et le premier président qui l’a visité ce fut Me Mokhtar Ould Dadah, président de la République Islamique de Mauritanie.
Pour sa part, M. Jean Bedel Dakoury, représentant du Front Populaire Ivoirien(FPI) en Mauritanie a soutenu que la réconciliation est bien possible mais il va falloir nota-t-il répondre favorablement à quelques doléances à savoir :la libération des prisonniers politiques et notamment le président Gbagbo et sa femme ainsi que Charles Blégoudé ; procéder au dégel des avoirs des responsables de l’ex pouvoir ainsi qu’au désarmement des ex combattants pour éviter la répétition des erreurs de 2010.
Selon Aboubekrine Sedik, enseignant de son état, malgré la crise qui y sévit depuis quelques années la Cote d’Ivoire a toujours un poids important dans l’économie de la région. C’est ainsi qu’elle détient 39% des capitaux de l’UMOA.
Au sujet de la réconciliation, M. Aboubekrine invite les différentes parties prenantes à se défaire de l’extrémisme afin de pouvoir s’entendre.
En conclusion, le professeur Watsanga a affirmé que le peuple ivoirien doit arriver à la culture du vivre ensemble. Il a rappelé au passage que les africains ont voulu leur unité bien avant les européens qui s’évertuent à leur donner des leçons aujourd’hui.
Il a conseillé l’auditoire de revisiter les œuvres de N’kwamé N’krumah et notamment « L’Afrique doit s’unir » et « Conscientisme ».
Notons enfin qu’à l’issue de la conférence, les invités ont été conviés à un repas copieux, une occasion pour les journalistes mauritaniens présents de déguster la « Tchéké », l’un des plats phares de la gastronomie ivoirienne.
Bakari Guèye


Mauritanie : Le danger des restaus à ciel ouvert

resto
Crédit photo: L’Express

Malgré l’urbanisation accélérée à Nouakchott, certains comportements hérités de la vie bédouine persistent et restent suspendus sur nos têtes, telle une épée de Damoclès.

C’est ainsi que quotidiennement les rues de Nouakchott sont prises d’assaut par des restaurateurs mobiles qui proposent aux passants des mets allant de la viande et du foi grillés aux sandwichs en passant par des bouillies et autres mixtures d’une préparation et d’une composition douteuses.
Tous ces plats sont agrémentés de thé, une boisson nationale fabriquée et servie dans des conditions d’hygiène exécrables par des « théificateurs » qui n’ont de considération que pour les pièces sonnantes et trébuchantes qu’ils collectent à longueur de journée.
Cette fièvre gastronomique s’étale à tous les coins de la ville y compris le quartier des ministères où certains cadres sont des inconditionnels de ces lieux de restauration rapide. Et quand on sait que ces lieux sont tenus par des personnes n’ayant aucune notion de l’hygiène et inconscients des dangers qu’ils font encourir à leur clientèle, on voit bien que les risques sont énormes. D’ailleurs les cas d’intoxication alimentaire sont signalés de temps en temps.
Les services d’hygiène qui sont sensés veiller à la santé des consommateurs sont absents et les autres services de l’Etat concernés ferment les yeux et laissent faire. Il s’agit pourtant là d’un véritable problème de santé publique et on se demande jusqu’à quand continuera-t-on à ignorer un tel phénomène.
Bakari Guèye


La montée des extrémismes en Mauritanie

En Mauritanie, avec l’accaparement des richesses par une petite minorité, on assiste à une paupérisation accélérée de la population et à une montée en flèche des extrémismes.
En effet, depuis quelque temps, on assiste, avec la complicité de certains médias à une apologie du racisme et du tribalisme qui mettent en danger les fondements très fragiles d’un faible Etat qui a du mal à trouver ses marques.

Cette radicalisation concerne toutes les composantes de la population. C’est dans ce cadre qu’il conviendrait de placer les revendications identitaires qui jaillissent çà et là.

C’est ainsi qu’après des mouvements comme l’Initiative pour la Résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA), Touche pas à ma nationalité (TPMN) et le manifeste pour les droits des Haratines qui vient tout juste de fêter son 2e anniversaire avec une marche qui a regroupé des milliers de personnes à Nouakchott ; voici qu’un autre mouvement ou plus exactement un parti vient d’entrer dans la danse. Il s’agit du parti « Appel pour la nation » dirigé par un certain Daoud Ould Ahmed Aicha, qui compte mettre en place dans le pays un projet de société où seuls les Maures (la communauté arabo-berbère blanche) aura sa place.

Le jeune Daoud dont les idées extrémistes font froid dans le dos affirme avec ostentation que sa communauté représente plus de 90 % de la population mauritanienne et que tous les autres ne sont que des étrangers qui doivent accepter l’assimilation ou quitter le pays.
Ce sont là bien entendu des idées farfelues et dénuées de tout fondement, mais qui ont le mérite d’attirer l’attention et d’inviter les Mauritaniens à se ressaisir pour empêcher de telles idées à gagner du terrain.

Malheureusement, l’Etat qui devait se porter garant de la cohésion nationale fait la sourde oreille pour ne pas dire cautionne ces dérives. En effet lors du premier meeting organisé par ce fameux parti « Appel pour la nation », les observateurs ont noté la présence de Taleb Khyar Ould Cheikh Mamine, un éminent érudit, par ailleurs membre du Haut Conseil de la fatwa et des recours gracieux, la plus haute instance religieuse du pays.
Comment peut-on comprendre qu’un homme de cette trempe puisse se retrouver au beau milieu d’une clique qui a l’intention manifeste de semer la zizanie entre les différentes couches de la population mauritanienne ?
Bakari Guèye


Mauritanie/Affaire d’héritage : Une famille vole en éclats

L’histoire se passe à Teyarett, un département de la capitale, où la famille H.O.L, connu de toute la zone et respecté de tous n’a pas survécu à la mort du père de famille emporté par une longue maladie.
Cette mort apparemment attendue avec empressement pour ne pas dire souhaitée par les descendants du défunt a, tout de suite, semé la zizanie. En effet, les enfants n’avaient pas fini de faire le deuil lorsqu’ils entrèrent en conflit au sujet de l’héritage. En effet, l’aîné de la famille avait concocté un plan pour faire main basse sur la majorité des biens de son père. C’est ainsi qu’avant même le décès de ce dernier il s’était employé à recenser et collecter certains biens (maisons, bétail) et à la mort de son père il prétendit que ce dernier les lui avait légués et prétendit qu’il était le chouchou du vieux.
Ses nombreux frères et sœurs ne l’entendaient pas cependant de la même oreille et affirmaient qu’ils ont porté plainte contre celui qu’ils considèrent comme un usurpateur. Et le mal était ainsi fait car la famille a profondément pâti de cette douloureuse affaire.
Des affaires comme celle-ci sont légion à Nouakchott et ailleurs dans le pays où l’héritage a toujours constitué une pomme de discorde entre membres d’une même famille.
De nos jours, l’appât du gain et le recul de la foi font ressurgir des comportements immoraux inimaginables. C’est ainsi que certains se partagent l’héritage avant même la mort de la personne propriétaire dont la mort est parfois souhaitée. Voilà qui donne à réfléchir et montre que l’homme, s’il est capable du meilleur il est également capable du pire.
Bakari Guèye


Mauritanie : Une recrudescence inquiétante des viols

viol irin
crédit:Irin

La capitale mauritanienne qui étend ses tentacules dans toutes les directions, fait face de plus en plus à une insécurité qui est en passe d’être la chose la mieux partagée par les habitants. C’est ainsi qu’à Nouakchott plus qu’ailleurs dans le pays, les histoires de viol défraient régulièrement la chronique.

Ce phénomène qui n’est pas nouveau mais qui prend aujourd’hui une ampleur inégalée s’explique par la complicité de la société avec les violeurs.
En effet, la plupart des familles pour des histoires d’honneur et autres préfèrent passer sous silence les agressions subies par les leurs. Ainsi, les auteurs de viol s’en sortent la plupart du temps, ce qui pousse beaucoup d’entre eux à la récidive. Face à ce problème très grave du reste des associations de la société civile commencent à s’organiser pour le combattre.
L’association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant(AMSME) basée à El Mina (banlieue Sud-ouest de Nouakchott) est de celles-là. On peut citer également l’Association Mauritanienne des femmes Chefs de famille(AFCF).
Ces associations qui travaillent en étroite collaboration avec la police assurent une prise en charge psychologique et sociale aux victimes. C’est ainsi que les filles et femmes victimes de viol sont recueillies et hébergées dans un centre(ASME) où elles bénéficient d’une scolarisation pour certaines, de cours d’alphabétisation pour d’autres.
Les enfants issus des viols sont également pris en charge.
D’après les statistiques publiées récemment par le Centre El Wafa de conseil et de prise en charge des victimes de violences sexuelles, cinquante cas de viol ont été enregistrés entre janvier et mars 2015.
Parmi ceux-ci, on compte 42 filles, 3 garçons et 5 femmes.
Voilà des chiffres qui donnent le tournis et qui sont révélateurs de la gravité du phénomène.
Face à ce grave phénomène, l’impunité reste toujours de mise au grand dam des associations et autres défenseurs des droits de l’homme qui œuvrent avec détermination pour que les auteurs soient sévèrement punis.
La balle est donc dans le camp des autorités qui doivent agir en commençant notamment par une criminalisation du viol et une application sans complaisance de la loi.
Bakari Guèye


Interview du président du SIMAS : « Nous devons aller de manière irréversible à la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire »

az
M.Taoua Doh Marcel

M. Taoua Doh Marcel est un membre actif de la communauté ivoirienne installée en Mauritanie. Il dirige la Solidarité Ivoiro-Maghrébine et Sahélienne(SIMAS), une ONG qui s’investit dans les questions liées à la coopération ivoiro-maghrébine ainsi que la réconciliation en Cote d’Ivoire. Dans cette interview, il fait le point sur toutes ces questions.Question : Une petite présentation de la SIMAS M. Taoua ?
Taoua Doh Marcel(TDM) : La SIMAS est un mouvement qui a pour vocation de favoriser une dynamique de coopération entre la Cote d’Ivoire et la Mauritanie particulièrement et généralement entre la Cote d’Ivoire et les autres pays du Maghreb et le G5 du Sahel.
Cette coopération s’inscrit dans les domaines économique, culturel, scolaire, humanitaire, touristique et notamment la libre circulation des personnes.
Au plan local (Cote d’Ivoire), elle souhaite s’investir dans une dynamique de réconciliation nationale avec ses partenaires telle que l’ONG I.S.A (International Save Africa) dirigée par Mme Apithy Clémence.
La SIMAS est actuellement dirigée par moi-même qui en est l’un des fondateurs.
Question : Quels sont les objectifs de la SIMAS pour la Cote d’Ivoire ?
TDM : La SIMAS a pour objectif au plan national de réunir tous les ivoiriens, de toutes les tendances politiques confondues, de toutes religions, de toutes les régions, autour de la table des négociations afin de trouver par la paix et le dialogue une solution pour la mise en œuvre du processus de la vrai réconciliation. Si la réconciliation tarde à décoller en Cote d’Ivoire c’est parce que les bons leviers ne sont pas activés.
Question : Quelles sont les propositions que vous faites pour parvenir à cette réconciliation ?
TDM : Pour nous, la réconciliation est une affaire interne à la Cote d’Ivoire. De ce fait, il faut confier cette tache à des personnes n’ayant aucun objectif politique. Des personnes soucieuses de rassembler tous les ivoiriens en Cote d’Ivoire et à l’extérieur. Quand je dis à l’extérieur, je parle de toutes les zones où il y a un flux d’ivoiriens. Le Maghreb semble avoir été oublié dans le schéma de réconciliation de monsieur Bany qui, à mon avis était politiquement trop engagé pour mener à bien cette commission nationale de réconciliation. La preuve, c’est la rupture du dialogue. Il faut donc repenser la stratégie de mise en œuvre de ce processus de réconciliation nationale en laissant plus cette tâche à la société civile associée à la chefferie traditionnelle et aux religieux.
Ce groupe de travail non partisan aura donc pour mission de ramener d’abord sans compromis les différents acteurs de la crise ivoirienne à la table des négociations. C’est donc pendant les débats alors que chacun pourra exiger quoi que ce soit. Avant tout, il faut d’abord se parler, se reparler.
Question: Pensez-vous que les partisans du président Laurent Gbagbo accepteront de négocier sans sa libération, celle de son épouse et des autres prisonniers ?
TDM : Le président Gbagbo est un homme de dialogue et même avant son arrestation, il ne cessait de prôner le dialogue et la négociation. Donc, ceux qui refusent d’aller au dialogue sous prétexte que le président Laurent Gbagbo devrait d’abord être libéré ne connaissent pas bien l’homme. Pour l’instauration de la paix en Cote d’Ivoire, Gbagbo sacrifierait sa propre vie. Il en est de même pour son épouse Simone. Les ivoiriens doivent apprendre à se pardonner. L’opposition doit faire preuve de dépassement. Les partisans du RHDP aussi. Certes des crimes ont été commis, des vies enlevées sauvagement, depuis 2002 jusqu’à aujourd’hui. Aucune parole ne pourrait ramener ces proches disparus à cause d’intérêts égoïstes des hommes que nous sommes. Cependant, il faut, au nom de la paix et au nom de l’avenir de nos enfants, accepter de nous réconcilier et de nous retrouver autour de la table des négociations et discuter sincèrement et honnêtement.
Question : Avez-vous un message à lancer aux ivoiriens ?
TDM : A mes compatriotes, je dirai qu’un nouveau jour doit se lever sur notre pays. Les hommes passent mais la Cote d’Ivoire demeure. Nous devons aller de manière irréversible à la réconciliation nationale en faisant un effort de projection vers le futur. Le passé sombre de l’histoire de notre pays doit être oublié.
Question: Avez-vous un message particulier pour le président de la République, Alassane Dramane Ouattara ?
TDM : Je dirai à monsieur le président de la République de Cote d’Ivoire que l’on est président que grâce à la volonté de Dieu. C’est donc au nom de ce Dieu que je lui demande de pardonner à ses frères leurs erreurs, comme eux aussi lui pardonnerons ses erreurs à lui.
Propos recueillis Par Bakari Guèye


LA SIMAS engagé pour une véritable réconciliation nationale en Côte d’Ivoire

LA SIMAS engagé pour une véritable réconciliation nationale en Côte d’Ivoire
Crédit:Cridem

 

La crise politique en Côte d’Ivoire, demeure une préoccupation majeure pour l’ensemble des ivoiriens y compris ceux qui vivent à l’étranger.

En Mauritanie où on trouve une forte communauté ivoirienne parfaitement bien intégré au tissu social, cette préoccupation est de mise. C’est dans ce cadre que la communauté ivoirienne vient de célébrer les 5 ans d’emprisonnement de Laurent Gbagbo.
Au cours d’une cérémonie organisée le 11 avril dans la capitale mauritanienne, les ivoiriens issus du Front Patriotique Ivoirien (FPI) et d’autres militants au sein d’organisations de la société civile se sont retrouvés pour célébrer la cinquième année d’emprisonnement de Laurent Gbagbo, actuellement détenu à La Haye, où une procédure est engagé contre lui par la CPI.
Ce fut également l’occasion pour les participants de discuter à bâtons rompus et sans réserve aucune des embuches qui freinent le processus de réconciliation nationale qui a du mal à trouver ses marques.
A ce sujet, M. Taoua Doh Marcel, président de la SIMAS (Solidarité Ivoiro-Maghrébine et Sahélienne), une organisation très active au sein de la société civile, a déclaré que : « La Côte d’Ivoire ne peut avancer que si ses enfants sont réunis. Nous sommes tous partisans de la Cote d’Ivoire, du président Gbagbo, de la légalité, de la liberté, de la justice. » « Nous sommes partisans d’une vrai Côte d’Ivoire. En tant qu’ivoiriens, nous disons que c’est aberrant de vouloir résoudre un conflit en incarcérant un compatriote. Aujourd’hui nous parlons de réconciliation mais comment cela est-il possible si nous avons nos frères, nos parents en prison ? », s’est-il interrogé. Et M. Taoua Doh Marcel d’ajouter : « C’est ce message que nous voulons lancer aujourd’hui aux autorités ivoiriennes à travers les médias. Au nom de la SIMAS, nous disons, si nous voulons avoir la réconciliation en Cote d’Ivoire, c’est dans le processus électoral. Si nous voulons une cote d’Ivoire libre, solidaire et fier, il faut libérer tous les prisonniers. Il faut laisser le jeu politique se faire. »
M. Taoua Doh a conclu son intervention en lançant cet appel aux autorités ivoiriennes : « Nous demandons au président Alassane Dramane Ouatara, que la Côte d’Ivoire d’Ivoire doit avancer. Il faut faire en sorte que chacun joue son rôle dans le processus de décrispation politique. Il faut Libérez Laurent et Simone Gbagbo, libérer tous les militants du FPI, tous les militaires détenus et puis qu’on s’asseye sur la même table appelée Cote d’Ivoire pour discuter de l’avenir de notre pays. La Cote d’Ivoire se doit d’avancer. Elle ne doit pas mourir à cause des intérêts personnels des hommes que nous sommes. Les hommes passent mais la nation ivoirienne demeure. »
A noter que, l’objectif affiché par toute la communauté ivoirienne en Mauritanie c’est, d’aboutir à une paix et un progrès économique durable en Côte d’Ivoire.

Bakari Guèye


Mauritanie : Le président reprend son bâton de pèlerin

visiteCrédit:AMI

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz continue à se balader au frais du contribuable et ce au grand dam des habitants des régions visitées qui croupissent sous la misère et la soif.
A peine rentré d’un séjour de dix jours dans 3 régions de l’Est du pays, voilà qu’il s’envole de nouveau pour un nouveau cycle de visites qui le mènera dans plusieurs autres régions du pays.
Ce nouveau périple sera entamé dès demain par la région du Tiris Zemmour(Nord du pays) et notamment par la cité minière de Zouerate dont les habitants souffrent encore des conséquences de l’embargo économique décrété par les autorités nationales pour punir les travailleurs de la SNIM(géant minier et l’un des poumons économiques du pays) d’une grève tout à fait légale qui a duré deux mois.
Cette grève a connu une gestion catastrophique de la part de la direction de la SNIM, qui en réalité est téléguidée par la présidence. C’est ainsi que les grévistes et leurs familles ont subi les privations et les brimades de toutes sortes (coupures des salaires, des vivres, de l’eau, de l’électricité, menaces d’expulsion des logements, etc.)
Au cours d’une conférence de presse tenue à la veille du dénouement de cette crise, le président de la République s’était adressé aux grévistes en des termes peu amènes.
Et dire qu’à l’occasion de cette visite -à connotation folklorique comme les précédentes-il s’attend à ce que les habitants de Zouerate lui déroulent le tapis rouge !
C’est en tout cas ce à quoi s’emploient tous les élus de la région ainsi que les notables et autres personnalités évoluant dans le giron du régime.
A l’autre extrémité du pays, à Kiffa, capitale de la région de l’Assaba, la plus grande agglomération du pays après Nouakchott, on se démène aussi pour accueillir le président de la République.
C’est ainsi qu’aussi bien à Nouakchott qu’à Kiffa, les réunions de cadres et les conclaves tribaux se succèdent.
Là aussi, on ne lésine pas sur les moyens pour faire étalage de la capacité phénoménale de mobilisation de moyens humains et matériels pour assurer un accueil chaleureux et ainsi montrer son allégeance inconditionnelle au chef de l’Etat.
Mais l’on peut se demander pourquoi ce branle bas de combat des cercles influents avant le début de chaque visite présidentielle ?
La réponse est toute simple. L’objectif derrière tout ce remue ménage n’est autre que la préservation de privilèges et des intérêts personnels au détriment des populations locales et de l’intérêt général.
En effet ces populations sont toujours les grands perdants dans ce jeu de poker menteur.
C’est ainsi qu’en dehors de discours dithyrambiques et de promesses mirobolantes, ces populations n’obtiennent pas grand-chose à l’occasion de ces visites.
A kiffa par exemple, la préoccupation essentielle en ce moment est l’alimentation en eau potable. La ville fait face en effet à un déficit cruel et d’aucuns parlent d’une catastrophe en vue. La situation est d’autant plus inquiétante que le réseau en place est insuffisant et fonctionne avec des installations qui laissent à désirer et ce, malgré son installation récente.
Malheureusement, on ne s’attend pas à grand-chose de la part du gouvernement ; et pourtant, rien qu’avec les fonds qui seront mobilisés pour cette visite, on pourrait régler tous ces problèmes.
Rappelons qu’au cours du sommet du Millénaire, du 6 au 8 septembre 2000 à New York, les dirigeants des pays du monde dont la Mauritanie avaient convenu de réduire de moitié, au plus tard en 2015, la proportion de la population qui n’a pas accès, de façon durable, à un approvisionnement en eau potable.
Concernant la Mauritanie, en tout cas, et particulièrement la ville de Kiffa, on est encore très loin de cet objectif mais, l’espoir est toujours de mise et peut être qu’à l’occasion de cette visite, le président de la République succomberait au cri de son cœur et donnerait l’ordre de mettre en place un plan de bataille pour sauver des milliers de ces concitoyens menacés par la soif.
Bakari Guèye


Mauritanie : promulgation d’une fatwa interdisant l’esclavage

 

 

fatwaCrédit:AMI

La question de l’esclavage continue à déchaîner les passions en Mauritanie où ce fléau des siècles obscurs a encore droit de cité.
Le phénomène qui plonge ses racines dans la société mauritanienne touche majoritairement la frange haratine, une composante importante de la société maure.Longtemps étouffée, la question de l’esclavage est aujourd’hui propulsée au-devant de la scène, et ce, grâce à l’activisme de certaines associations de la société civile et notamment le mouvement IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie) dont le leader, Birame Ould Dah Abeid croupit actuellement en prison.
Face à une pression devenue de plus en plus insoutenable, le gouvernement mauritanien se voit obligé de lâcher du lest.
C’est ce qui explique la batterie de mesures prises ces derniers temps pour essayer de parer au plus pressé.
C’est ainsi que ces dernières semaines, on a assisté à l’annonce de décisions importantes avec surtout cette fameuse fatwa décrétée le 31 mars dernier par l’Association des oulémas de Mauritanie, qui est étroitement amarrée au pouvoir en place.
Cette fatwa stipule que : « A dater de ce jour, mardi 31 mars, l’esclavage en Mauritanie n’a plus aucun fondement légal au regard de la charia. »
Autre décision non moins importante, c’est celle prise par le Conseil des ministres le 2 avril. Il s’agit de l’examen et l’adoption du projet de loi abrogeant et remplaçant la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.
Ladite loi a été remise au goût du jour en tenant compte des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie.
Tout dernièrement, le gouvernement a décidé la création d’un tribunal spécial pour traiter les affaires liées à l’esclavage.
La mise en place de cet important arsenal juridique est certes une bonne chose, reste à savoir si toutes ces lois ne vont pas continuer à rester lettre morte comme cela a toujours été le cas.
Le processus de toilettage des textes vient compléter la feuille de route élaborée par le gouvernement en étroite collaboration avec les instances spécialisées de l’ONU. Cette feuille de route qui tient lieu de stratégie de lutte contre l’esclavage engage le gouvernement mauritanien à inverser la tendance en permettant aux personnes victimes d’esclavage ou de ses séquelles de s’arrimer au reste de la société avec tout ce que cela implique comme droits (éducation, santé, accès à l’eau potable…)
Notons qu’en prélude à cette fatwa, l’érudit Hademine Ould Salek, imam de la mosquée Ibn Abbas de Nouakchott avait déclaré en février dernier lors d’une conférence sur le sujet qu’au vu de la loi islamique (charia), il n’existe aujourd’hui aucun esclave en Mauritanie. Et l’imam de préciser : « Nous devons savoir que nous sommes tous libres et égaux devant Dieu et devant la loi. Celui qui réduit aujourd’hui un homme en esclavage doit savoir qu’il exploite un homme libre comme lui, et il doit se repentir pour laver cet énorme péché. »
Bakari Guèye


Mauritanie : L’unité nationale en question

MPCrédit: Rimweb

Les questions liées à la jeunesse et à la préservation de l’unité nationale sont au centre des préoccupations de « Mauritanie perspectives »(MP), un cercle de réflexion et d’échange, constitué d’intellectuels, ayant pour objectif d’œuvrer pour l’instauration d’un Etat de droit en Mauritanie.C’est dans ce cadre que l’hôtel Iman de Nouakchott a abrité le 1er avril une rencontre sur les thèmes de la jeunesse, de l’emploi et de la communication en relation avec l’unité nationale.
Ouvrant le débat, M. Sall, professeur de philo à l’université de Nouakchott a insisté sur la nécessité de bien gérer la diversité que représentent les différentes composantes du peuple mauritanien.
Au sujet de la communication, il s’est appesanti sur l’importance des contenus médiatiques et sur le temps imparti aux différentes émissions qui doivent cibler les différentes couches de la population sans discrimination aucune.
S’agissant des propositions émises par le professeur, il préconise, pour mieux rapprocher les mauritaniens les uns des autres d’encourager les colonies de vacances entre ressortissants des différentes villes du pays.
Pour M. Mohamed Vall Ould Omer, éditorialiste de la Tribune, qui affirme éprouver une certaine gène à l’évocation du concept « unité nationale », en Mauritanie, on fait plutôt face à un problème de cohésion nationale.
M.Omer a salué des initiatives telles que la création de la deuxième chaine publique et de la radio citoyenne qui, de son point de vue ont beaucoup contribué au rapprochement des différentes composantes de la population. Mais, il regrette que ces initiatives ne sont pas encouragées comme il se doit et d’aucuns s’évertuent à leur mettre des bâtons dans les roues.
Le directeur de la Tribune propose de faire un lobbying immédiat pour amener les responsables de l’État à inscrire leurs enfants à l’école publique. Ce n’est qu’à ce prix estime-t-il qu’on arrivera à redresser le système éducatif qui est la source de tous les problèmes.
Autre proposition du journaliste : réhabiliter les internats au sein des établissements scolaires. Il faut conseille-t-il profiter de l’enthousiasme suscité par la déclaration des autorités publiques qui ont décrété l’année 2015, Année de l’éducation.
Autre idées avancées, celles de M.Hamma Ould Soufi, dirigeant des associations de jeunes en Mauritanie. Il faut dit-il s’appuyer sur la jeunesse pour bâtir un état fort qui puisse solder les problèmes de cohésion et de justice sociales.
Pour Tabara M’Bodj, présidente de l’ONG, Citoyenneté et Droits Humains, en Mauritanie, il n’ y a pas d’unité nationale mais une tolérance nationale. Elle a déploré les inégalités criantes entre les citoyens et l’application à leur égard du deux poids deux mesures.
Abondant dans le même sens, M.Moustapha Kane a soutenu que le problème de l’unité nationale se pose absolument et les éléments allant dans le contresens de cette unité sont légion.
Quant à M.Momme Ducros, fonctionnaire au sein d’une agence de l’ONU, il a déploré le manque de représentativité des jeunes au sein de tous les rouages de l’Etat. Pour lui, la religion, le sport, la musique sont des vecteurs essentiels de l’unité nationale. C’est pourquoi estime-t-il, il convient de prendre en compte les aspirations des jeunes évoluant dans le hip hop et autres.
Mme Hapsa Souleymane, l’unité nationale fait face à de grands défis depuis près de 20 ans, il convient donc d’œuvrer pour mettre en place une unité dans la diversité.
Et pour y arriver, M. Mohamed Ould Jdoud, enseignant chercheur propose de commanditer une étude-diagnostic qui devrait nous édifier sur ce qui nous unit et ce qui nous divise.
M. Memed Ould Ahmed, haut cadre à la retraite affirme qu’on doit régler nos problèmes nous-mêmes et ne jamais compter sur d’autres pour le faire à notre place.
Selon M.Abdallahi, président du Conseil d’administration de la télévision du Sahel, le vrai combat en Mauritanie, c’est la lutte contre la langue.
Il faut dit-il arriver à instaurer une justice normale et que les ONG puissent jouer leur rôle en portant assistance aux personnes en difficulté. Pour lui, l’Etat, la religion ainsi que l’unité nationales sont prises en otage et il faut œuvrer pour desserrer l’étau autour d’elles.
M. Sarr de la société civile propose la mise en place d’un outil permettant de visualiser toutes les zones grises concernant l’unité nationale. Il faut également ajoute-t-il instaurer une forme d’apprentissage de la diversité, une immersion au sein des familles.
Pour M. Achraf, professeur à l’université de Nouakchott, en Mauritanie, on a besoin d’un vrai éducation et d’une vrai justice pour surmonter tous les problèmes.
M.Cheikh Aidara, journaliste a quant à lui mis en exergue dans son intervention, le problème de la mauvaise répartition des postes et des richesses qui est source de frustration pour de grandes franges de la population mauritanienne.
Même son de cloche pour son collège Bakari Guèye qui a pourfendu l’attitude hypocrite des élites qui ont la fâcheuse tendance de ne pas vouloir reconnaitre les grands problèmes qui pourtant crèvent les yeux.
Selon M. Guèye, les nominations inéquitables au sein des postes de l’administration et l’exclusion manifeste de certaines couches des grandes écoles (École militaire, École des mines, École polytechnique…) sont autant de sources de frustrations qui ne contribuent guère au rapprochement tant souhaité entre communautés.
Bakari Guèye