Mauritanie : Une presse qui se cherche toujours

Crédit photo: Alakhbar

Le rôle des médias n’est plus à démontrer. Ils peuvent être des vecteurs de développement s’ils sont soutenus et bien encadrés, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans notre pays, la Mauritanie.

Aujourd’hui, la presse mauritanienne est dans un piteux état. Née seulement à la fin du siècle dernier, la presse privée, qui est censée être la plus intéressante, est malheureusement dans un piteux état. Elle a fini par creuser sa tombe et aujourd’hui, les rares titres qui continuent à paraître épisodiquement sont à l’agonie.

Aujourd’hui, la presse  écrite a été supplantée par la presse électronique, qui comprend un conglomérat de sites aussi farfelus et aussi peu crédibles les uns que les autres. Cette presse fait face à un manque cruel de journalistes ou de personnel qualifié, et les règles les plus élémentaires de la profession sont foulées au pied.

Cette médiocrité et cette pagaille généralisée est savamment entretenu par les autorités qui ne souhaitent apparemment pas l’émergence d’une corporation professionnelle et d’un journalisme d’investigation qui feraient des dégâts, dans un pays où les scandales sont légion et où cette presse pourrait trouver un terreau très fertile.

Nos autorités semblent donc avoir opté pour une clochardisation de la presse, d’où la prolifération des organes de toute sorte, des organes parfois tenus par d’illustres cancres.

Et le comble, c’est que les autorités sont plus enclines à traiter avec cette presse de pacotille qu’avec les rares organes jugés plus ou moins sérieux.

La libéralisation de l’espace audiovisuel, avec l’apparition de radios et de télévisions privés, a constitué un grand pas en avant. Seulement, ces nouveaux-nés n’ont pas été accompagnés et soutenus comme il se doit par l’État, qui a très vite eu peur de leur capacité de nuisance à ses intérêts. Ces médias bénéficiaient d’une audience beaucoup plus large comparativement à la presse écrite et électronique et les citoyens ordinaires y avaient accès car on y parlait toutes les langues locales, on avait pas besoin d’avoir été à l’école pour profiter de leurs programmes.

Ainsi donc, avec leur liberté de ton, la variété des sujets traités, car aucun sujet n’était tabou, mais aussi les débats politiques qu’ils organisent, ces médias se sont tout de suite distingués… mettant du coup la puce à l’oreille d’un pouvoir politique qui ne supporte pas trop la contradiction. Très vite, ce dernier va leur mettre des bâtons dans les roues. De ce fait, ces médias sont pratiquement sous embargo et le couperet du pouvoir plane toujours sur leur tête telle une épée de Damoclès.

Et pour vous donner une idée de la précarité dans laquelle se trouve la presse mauritanienne, les journalistes travaillent sans contrat et ne disposent d’aucune garantie, ce qui bien entendu est en contradiction flagrante avec la loi. La plupart travaillent sans salaire et s’il existe, il est réduit à portion congrue et généralement payé de manière très irrégulière ou pas payé du tout.

C’est vous dire qu’il s’agit d’un secteur moribond qui ne pourrait nous mener nulle part.

Du côté de la presse publique, la situation n’est guère meilleure. La production journalistique est quasi inexistante et les programmes radiotélévisés sont d’une pauvreté effarante. Et ce, malgré le fait que ces médias disposent de tous les moyens nécessaires, contrairement aux médias privées.

C’est ainsi qu’en allant sur la radio nationale ou sur la télévision nationale, vous avez 9 chances sur 10 de tomber sur un groupe musical ou poétique. Et c’est malheureusement à ça que se réduisent les programmes de ces médias de service public.

Donc ces médias sont loin de jouer leur rôle et pourtant ils auraient dû être des outils de développement… un vrai gâchis.

 

Quelles solutions ?

 

Il serait donc urgent d’étudier les propositions appropriées pour une sortie de crise. Je pense qu’il va falloir tout d’abord une volonté politique réelle. Cette volonté politique est la condition sine qua none d’un redressement salvateur. Malheureusement, cette volonté politique bat de l’aile et la dernière initiative en date le prouve. Des journées de réflexion ont été organisées avec la bénédiction des autorités mais les recommandations dorment toujours dans les tiroirs gouvernementaux.

Le fait que le pouvoir, par le biais du président de la République, s’adresse à la presse en disant aux journalistes « c’est à vous de vous organiser » prouve le peu de sérieux accordé à ces velléités de changement.

Comment la presse mauritanienne, qui est une véritable écurie d’Augias, peut-elle s’organiser quand on sait comment elle est constituée ?

Des journaux et autres sites électroniques cartables ne disposent d’aucune ressource humaine, ou même de ressource tout court.

Ainsi la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA), qui demeure jusque là une coquille vide, doit enfin jouer son rôle de gendarme et de régulateur de la presse en exigeant des institutions de presse, aussi bien publiques que privées, un respect scrupuleux des cahiers des charges.

Il est urgent de donner un coup de pied dans la fourmilière, en sévissant contre cette kyrielle de sites électroniques nuisibles et dangereux qui ternissent l’image de notre presse. Cela devrait être fait sans état d’âme et pour le bien commun.

Il est également impératif d’accorder plus d’intérêt à la formation des journalistes et de trouver une solution à la difficulté de renouvellement des professionnels au niveau de la presse francophone, qui se meurt faute de ressources humaines valables.

Voilà, ce sont là quelques pistes de réflexion qui pourraient nous aider à redonner au secteur de la presse ses lettres de noblesse.

Bakari Guèye

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