Mauritanie : une horde de badauds à l’assaut du parlement !

Vue d’une manifestation électorale

Les mauritaniens s’apprêtent à aller aux urnes pour les élections législatives et locales, il s’agit donc d’élire des députés, des maires et des conseillers régionaux. Le scrutin, prévu le 1er septembre, passe pour être le plus disputé et le plus complexe depuis l’avènement de la démocratie dans le pays, c’est à dire depuis la fin du siècle dernier.

En effet, la pléthore de candidats représentant les partis en compétition (près d’une centaine pour une population de moins de 4 millions d’habitants) et le jumelage des cinq scrutins prévus simultanément constituent une équation qui sera difficile à résoudre quand on sait que la plupart des électeurs sont des analphabètes.

Le vote sera d’autant plus difficile qu’il va falloir voter cinq fois en effectuant son choix parmi une longue liste où sont alignés des logos aussi complexes que les hiéroglyphes. Le pauvre électeur mauritanien devra donc se transformer en Champollion pour espérer s’en sortir, ce qui, bien entendu, est une utopie.

Cette pléthore de partis politiques et de candidats constitue une épée de Damoclès pour la jeune démocratie mauritanienne, qui en est encore à ses premiers balbutiements…

Ainsi, la médiocrité des responsables des partis et des états majors politiques, les mentalités rétrogrades et le conservatisme ambiant ont conduit à des choix de candidats pour le moins criticables, des choix faits sur des bases purement subjectives, des critères tribaux, ethniques, régionalistes et raciaux.

La réalité c’est que la Mauritanie baigne en plein népotisme. Cette dérive a entraîné, dans plusieurs camps, des choix surréalistes, avec parfois des analphabètes et de parfaits inconnus qui ont été cooptés pour des postes électifs aussi prestigieux et importants que celui de député !

Cette dévaluation de la démocratie et cette tendance à la médiocrité est d’autant plus inquiétante que les règles du jeu sont crânement foulées aux pieds : le choix des candidats n’obéit à aucun critère juste et approprié, mais le Trésor Public a cependant pris la précaution de soutirer aux milliers de candidats des cautions substantielles, qui lui ont permis de renflouer ses caisses.

Le niveau intellectuel et politique des candidats, qui laisse à désirer, se reflète dans la campagne électorale qui bat son plein depuis le 17 août. En effet, les QG de campagne installés ça et là dans les villes et les campagnes rivalisent à coups de décibels en distillant à longueur de journée des chants rythmiques à la gloire des candidats.

Quant aux programmes, ils sont renvoyés aux calendes grecques, pour ceux qui en ont un ! Pour les autres, c’est-à-dire la plupart des candidats, avoir un programme importe peu, c’est même le cadet de leurs soucis.

Voilà le tableau. La campagne touche à sa fin et  les mauritaniens doivent se rendre aux urnes dans deux jours. Ils ne peuvent cependant compter sur personne pour vulgariser la procédure du vote. Ni sur la  Commission électorale nationale indépendante (CENI), sensée superviser le processus électoral mais en quête de crédibilité, et encore moins sur les candidats, qui ne sont préoccupés que par une seule chose : être élu le jour J et accéder aux avantages de la fonction élective, sans contrepartie aucune.

Bakari Guèye

 

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