Etats Généraux de la presse mauritanienne : un échec programmé !

La presse « indépendante » mauritanienne est née au début des années 1990, à la faveur du vent de démocratisation à marche forcée, un tsunami qui a fait bouger les lignes des dictatures les plus implacables du continent.

C’est ainsi, que parallèlement à une liberté d’expression plus ou moins tolérée, les premiers journaux ont vu le jour, des journaux francophones pour la plupart.

Et, très vite, on a assisté à une prolifération de titres, une prolifération qui débouchera sur le phénomène des « journaux-cartables », un fléau savamment distillé et entretenu par le pouvoir en place et ce, dans le but évident de décrédibiliser ces nouveaux vecteurs de l’information. Certains ont malgré tout su tirer leur épingle du jeu, posant du coup de véritables soucis aux autorités publiques.

Mais la neutralisation de « Mauritanie-Demain » (ancêtre de tous ces journaux), quelques mois seulement après la libéralisation du secteur, permettra à l’État de réaliser sans grand mal une véritable OPA sur la presse indépendante, noyautée de toutes parts par les sbires du régime.

Et, malgré une résistance désespérée et quelques voies discordantes qui se faisaient toujours entendre ça et là, la messe était dite et la presse indépendante mauritanienne était ainsi mort-née.

Depuis lors, l’édifice à peine sorti de terre a volé en mille éclats et on a assisté à une paupérisation et une clochardisation qui en fait aujourd’hui une presse au rabais, l’une des presses les plus farfelues du continent.

En effet, les pionniers et autres soi-disant ténors de cette presse ont été tous ou presque domestiqués par les régimes successifs et se pavanent actuellement la conscience tranquille dans les jupes de l’autorité régnante.

De ce fait, tout ce beau monde est au garde-à-vous, à la merci d’un pouvoir qui ne se fait pas prier pour utiliser à sa guise ce bataillon de déserteurs.

Ainsi, la presse indépendante mauritanienne, où l’absence de formation et de professionnalisme est criante, est abandonnée à son triste sort. Et elle constitue un terreau favorable pour tous les aventuriers et autres laissés pour compte qui trouvent là un tremplin idéal et inespéré pour accéder à certains privilèges, avoir une situation, pourvu qu’ils acceptent de jouer le jeu télécommandé par le pouvoir politique.

Régionalisme, tribalisme, ethnicisme, politisation à outrance, favoritisme, amateurisme, incompétence, voilà des problèmes structurels, des maux auxquels un conclave de 4 jours (du 11 au 14 juillet) n’apportera pas grand-chose et ce, d’autant plus que le cafouillage du comité d’organisation de ces journées de réflexion sur la presse et le manque cruel de volonté politique, constituent des freins imparables.

Bakari Guèye

 

 

 

 

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