Procès Birame Ould Dah : Un mauvais coup de pub pour le régime mauritanien !

Article : Procès Birame Ould Dah : Un mauvais coup de pub pour le régime mauritanien !
27 décembre 2014

Procès Birame Ould Dah : Un mauvais coup de pub pour le régime mauritanien !

biram

Crédit photo:Birame

La capitale du Trarza (région Sud de la Mauritanie) a vu l’ouverture le 24 décembre dernier du procès d’un groupe de militants anti-esclavagistes, à la tête desquels se trouve M. Birame Ould Dah Abeid, prix des Droits de l’homme de l’ONU en 2014, chantre de la cause anti-esclavagiste et bête noire du régime mauritanien.
Ces militants arrêtés le 11 novembre dans la périphérie de la ville de Rosso avaient pour seul tort d’avoir pris part à une manifestation pacifique contre l’esclavage foncier sur la rive mauritanienne du fleuve Sénégal.
L’ouverture du procès est intervenue après moult tergiversations, la justice étant chapeauté par le pouvoir exécutif. S’il s’avère une bonne occasion pour Birame qui va en profiter pour enfoncer encore un peu plus le clou, en démontrant l’existence de l’esclavage, ce procès est en revanche un coup dur pour le pouvoir en place qui se trouve en mauvaise posture face à ses plus grands soutiens occidentaux (UE, USA, France), qui ont tapé du point sur la table pour exiger le respect des libertés individuelles et collectives.
En effet, le Parlement européen n’a pas hésité à condamner fermement l’arrestation de Biram Dah Abeid et ses amis, une condamnation qui a suscité une vive protestation du pouvoir mauritanien.
Pour sa part, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal a indiqué le 19 décembre dernier que : « La France suit avec attention la situation de M. Biram Dah Abeid  et des militants de l’IRA »
Paris « rappelle son attachement à la liberté d’expression, d’association et de manifestation pacifique ainsi qu’au respect des droits de la défense et au droit à un procès équitable ».
De leur coté, les américains semblent encore plus engagés que tous en faveur des militants anti-esclavagistes car, à l’ouverture du procès, on a noté la présence d’un représentant de l’ambassade américaine en Mauritanie.
Avec ces soutiens de poids, Birame va certainement se sentir poussé des ailes.
A noter que depuis qu’il s’est lancé dans la bataille de la lutte contre l’esclavage, l’homme a fait du chemin. Ce succès, il le doit certainement à la justesse de la cause qu’il défend, une cause dans laquelle semble se reconnaitre la plus grande frange de la composante haratine(maures noirs) qui constitue un poids démographique énorme.
L’homme qui ne manque pas d’audace est passé outre toutes les voies traditionnelles de contestation et de lutte en adoptant sa propre méthode basée sur la provocation et les attaques frontales contre l’establishment féodal et religieux qualifié de « noyau dur de l’esclavagisme » en Mauritanie.
Et c’est une méthode qui lui réussit bien car, elle commence à porter ses fruits.
C’est ainsi qu’en juin 2014, Birame qui s’était présenté à la présidentielle face au président en place a recueilli un peu moins de 10%, un score énorme malgré le manque de transparence avérée de cette élection boycottée par l’opposition radicale.
Cette deuxième place à la présidentielle et le prix offert par l’ONU ont fini par rendre l’homme incontournable. Et le fait qu’il défende une cause juste-l’esclavage est bien là en Mauritanie et ce malgré les dénégations de certains intellectuels et de la classe dirigeante-donne des sueurs froides au régime en place soucieux de perpétuer la domination d’une classe qui serait, quoiqu’il en soit obligé d’être amené un jour ou l’autre à partager le pouvoir avec les autres composantes du peuple mauritanien.
Notons qu’en 1989, le pouvoir du président Taya confronté à des fantasmes diaboliques avait perpétré une tentative de génocide contre les mauritaniens noirs d’origine africaine, une entreprise barbare qui avait lamentablement échoué.
Les ténors de ce régime dictatorial s’étaient enfin rendu à l’évidence : qu’ils le veuillent ou non, ces mauritaniens noirs d’origine africaine avaient leur place ici dans ce pays qui est le leur et il fallait apprendre à composer avec eux.
Espérons qu’avec les « haratines », on ne retombera pas dans les mêmes erreurs !
Bakari Guèye

 

Partagez

Commentaires