Mauritanie : les avocats français de l’ex-président Aziz reviennent à la charge

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6 octobre 2020

Mauritanie : les avocats français de l’ex-président Aziz reviennent à la charge

Les deux avocats français de l’ex président Aziz, Me Rajjou et Me Brigant, représentant le Collectif d’avocats de Brest, Paris et Marseille, sont revenus ce 3 octobre à la charge. Ils ont adressé une longue lettre au président Ghazwani, invité à intervenir en tant que garant de la constitution. L’objectif, mettre fin à la procédure contre leur client, une procédure jugée inconstitutionnelle.

La justice mauritanienne est-elle instrumentalisée ?

Cette lettre fait figure de diatribe contre la justice mauritanienne, qu’ils considèrent comme instrumentalisée. Les avocats estiment que leur client est victime : « De nombreux adversaires politiques se sont en effet manifestés pour tenter d’empêcher son retour et instrumentaliser le parlement. Ils ont notamment utilisé des prétextes fallacieux pour empêcher la libre expression politique des soutiens de l’ancien président et la mise en place d’une commission parlementaire pour lui nuire de manière partiale. » Et les avocats français d’enfoncer le clou en affirmant : « Cet acharnement s’est fait par le biais du Ministre de l’intérieur, jusqu’à interdire un parti politique, le PUDS, parti soutien à Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz. »

Les deux avocats français ont aussi qualifié l’interrogatoire du président Aziz « d’illégal ». Ils dénoncent aussi « le caractère inconstitutionnel des procédures et mesures coercitives concernant Monsieur Aziz ».

Les avocats français jettent à la poubelle toute la procédure en cours et haussent le ton. « Puisque la Constitution est violée et qu’aucun cadre légal ne peut justifier les agissements à l’encontre de notre client, nous accusons les responsables judiciaires en charge de ce dossier, ainsi qu’un certain nombre de responsables policiers de multiples infractions… Peu importe qu’ils se retranchent derrière une loi anti-corruption, puisque comme nous venons de le souligner elle est parfaitement inapplicable à l’ancien président Aziz. »

Débattre entre avocats français et mauritaniens

Aussi, les avocats s’étonnent. Dans une « République dotée d’une constitution et d’institutions juridiques sensément indépendantes et représentantes de l’ordre juridique, ils ressentent la nécessité impérieuse de recourir à l’intermédiaire d’une soixantaine de conseils pour la représenter. »

Tous ces avocats accusés de partialité sont traités comme des moins que rien. Selon eux, ils « ne parviennent pas à interpréter de manière stricte et intelligente la Constitution de Mauritanie. »

Erigeant leur client sur un piédestal, ils ont demandé au président Ghazwani d’autoriser un débat entre avocats français et mauritaniens. « Un débat loyal, juste et éclairé, pour que chaque citoyen puisse être informé de manière contradictoire de la situation actuelle. »

Des donneurs de leçons ?

L’arrogance, la suffisance et le mépris des représentants du Collectif des avocats français d’Aziz sont manifestes. Cette lettre, qui contient des menaces aux autorités mauritaniennes, sonne comme un ordre. Son style osé voire provocateur est plus qu’insultant.

On se rappelle de leur précédent passage à Nouakchott en août dernier. Les deux avocats auteurs de cette lettre avaient eu un comportement indigne d’hommes de droit, de surcroît venus de France. En effet, juste après leur débarquement à l’aéroport de Nouakchott, ils ont demandé à être reçu par le Procureur général de la Mauritanie. Ils l’ont par la suite menacé de le dénoncer auprès des autorités françaises, celui-ci ayant refusé de les « auditionner ».

D’ailleurs, un éminent avocat mauritanien formé en France et y enseignant le droit les avait remis à leur place.

Un peu plus d’un mois après cet épisode qui avait soulevé un tollé dans les milieux intellectuels, nos deux donneurs de leçons récidivent avec cette curieuse missive adressée au président Ghazwani.

Bakari Guèye

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