Mauritanie : promulgation d’une fatwa interdisant l’esclavage

 

 

fatwaCrédit:AMI

La question de l’esclavage continue à déchaîner les passions en Mauritanie où ce fléau des siècles obscurs a encore droit de cité.
Le phénomène qui plonge ses racines dans la société mauritanienne touche majoritairement la frange haratine, une composante importante de la société maure.Longtemps étouffée, la question de l’esclavage est aujourd’hui propulsée au-devant de la scène, et ce, grâce à l’activisme de certaines associations de la société civile et notamment le mouvement IRA (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie) dont le leader, Birame Ould Dah Abeid croupit actuellement en prison.
Face à une pression devenue de plus en plus insoutenable, le gouvernement mauritanien se voit obligé de lâcher du lest.
C’est ce qui explique la batterie de mesures prises ces derniers temps pour essayer de parer au plus pressé.
C’est ainsi que ces dernières semaines, on a assisté à l’annonce de décisions importantes avec surtout cette fameuse fatwa décrétée le 31 mars dernier par l’Association des oulémas de Mauritanie, qui est étroitement amarrée au pouvoir en place.
Cette fatwa stipule que : « A dater de ce jour, mardi 31 mars, l’esclavage en Mauritanie n’a plus aucun fondement légal au regard de la charia. »
Autre décision non moins importante, c’est celle prise par le Conseil des ministres le 2 avril. Il s’agit de l’examen et l’adoption du projet de loi abrogeant et remplaçant la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.
Ladite loi a été remise au goût du jour en tenant compte des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie.
Tout dernièrement, le gouvernement a décidé la création d’un tribunal spécial pour traiter les affaires liées à l’esclavage.
La mise en place de cet important arsenal juridique est certes une bonne chose, reste à savoir si toutes ces lois ne vont pas continuer à rester lettre morte comme cela a toujours été le cas.
Le processus de toilettage des textes vient compléter la feuille de route élaborée par le gouvernement en étroite collaboration avec les instances spécialisées de l’ONU. Cette feuille de route qui tient lieu de stratégie de lutte contre l’esclavage engage le gouvernement mauritanien à inverser la tendance en permettant aux personnes victimes d’esclavage ou de ses séquelles de s’arrimer au reste de la société avec tout ce que cela implique comme droits (éducation, santé, accès à l’eau potable…)
Notons qu’en prélude à cette fatwa, l’érudit Hademine Ould Salek, imam de la mosquée Ibn Abbas de Nouakchott avait déclaré en février dernier lors d’une conférence sur le sujet qu’au vu de la loi islamique (charia), il n’existe aujourd’hui aucun esclave en Mauritanie. Et l’imam de préciser : « Nous devons savoir que nous sommes tous libres et égaux devant Dieu et devant la loi. Celui qui réduit aujourd’hui un homme en esclavage doit savoir qu’il exploite un homme libre comme lui, et il doit se repentir pour laver cet énorme péché. »
Bakari Guèye

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