« Mauritanie Perspectives » organise une conférence sur l’unité nationale animée par un ministre d’Etat et homme politique belge

aziz dahi

crédit photo: CNAM

 

La salle de conférence de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Mauritanie a abrité le mercredi 07 janvier 2015 à 19heures un débat sous le thème :
« Quelles similitudes et quelles différences des problèmes de structuration de l’unité nationale en Belgique et en Mauritanie ? ».Cette conférence organisée par « Mauritanie-Perspectives »(Observatoire de suivi citoyen du CSLP3) était animé par l’homme politique belge et ex Ministre d’Etat Charles Ferdinand Nothomb.
L’objectif pour les organisateurs c’est de voir dans quelle mesure la Mauritanie peut profiter des enseignements tirés de l’expérience de structuration de l’unité nationale et du système politique belge.
En introduction, M. Aziz Ould Dahi, président de Mauritanie-Perspectives(fraichement nommé à la tête de la BCM) a souligné que l’objectif de ce débat c’est d’apporter un éclairage sur la question cruciale de l’unité nationale et de tirer les leçons de l’approche belge de structuration car, il s’agit d’un pays qui présente quelques similitudes avec la Mauritanie.
Pour sa part, Mme Maria de la coopération espagnole a salué cette initiative jugée salutaire et pleine d’enseignements.
Prenant la parole, M. Charles Ferdinand Nothomb a noté d’emblée que l’État belge indépendant est installé depuis 180 ans, le suffrage universel s’y exprime seulement pour l’élection du Parlement et l’option pour le suffrage proportionnel évite la bipolarisation et conduit à des coalitions.
Par ailleurs, en Belgique, les polarisations et les problèmes sont d’ordre linguistique et non ethnique. Ils résultent de : l’usage prédominant du français par les élites de la région flamande au XIX siècle (région nord, 6 millions et demie d’habitants aujourd’hui), et de la volonté d’imposer la langue néerlandaise comme instrument d’émancipation et de progrès social du peuple flamand par : l’usage exclusif du néerlandais dans l’administration, la justice et l’enseignement en région flamande, et le bilinguisme dans la gestion de l’Etat fédéral.
Ce double objectif est progressivement atteint par de nombreux combats politiques pour des changements de législation nationale entre 1860 et 1960 et pour l’autonomie culturelle.
Pendant cette période, la partie francophone du pays (région sud wallonne, 3.5 millions d’habitants et 80% de la population bruxelloise) est économiquement dominante.
A partir de 1960, la problème linguistique est doublé et relayé par une polarisation économique, résultant de l’affaiblissement radical de l’industrie lourde qui faisait la richesse de la région sud et de l’implantation d’industries modernes (automobile etc.) attirées par le marché Commun dan l’Europe des 6 ; Et des besoins financiers considérables de la région sud pour maintenir les structures publiques développées du temps de sa prospérité et pour assurer sa reconversion et son autonomie économique.
Cette double pression pour l’égalité et l’autonomie culturelle des uns et pour le soutien financier et l’autonomie économique des autres a contribué à former des majorités nationales larges pour régionaliser l’exercice de nombreuses compétences à travers des entités régionales autonomes disposant de parlements et de gouvernements différents du gouvernement fédéral qui continue à gérer les compétences restées nationales.
En résumé note le conférencier, la leçon essentielle est que le fédéralisme a deux entités principales est difficile par suite de l’influence directe et réciproque du fédéral et du régional même s’ils sont autonomes car il y a un même corps électoral et une double opinion publique selon la langue utilisée.
Ce qui tient la Belgique ensemble, ce sont les Belges qui n’ont pas envie de se séparer même s’ils argumentent sans cesse entre eux et devant la double opinion publique sur la base de leurs différences. Ils partagent, néanmoins, une même culture politique très différente de la culture politique française ou néerlandaise ainsi que le respect de l’État de droit dont la règle est la même pour tous.
Les intervenants ont salué à l’unanimité le modèle de structuration belge avec le commun vouloir d’une vie commune, un processus sans violence ni confrontation, un processus civilisé marqué par le respect mutuel des différentes composantes du peuple.
Pour l’ex ministre Isselmou Ould Abdel Kader, en Mauritanie on a besoin de la bonne foi et d’une volonté commune pour créer un État unitaire.
Le capitaine Breika Ould M’barek, en Mauritanie, les problèmes pour la mise en place d’un état unitaire sont à mettre sur le compte des intellectuels. Selon lui, aucun pouvoir n’est seul responsable de cet état de choses.
Selon Samory Ould Beye, responsable syndical, la Mauritanie est minée par l’injustice. L’État est à l’en croire dirigé par une minorité, un état dans l’état qui exclut les autres communautés. C’est ce qui explique conclut-il les problèmes récurrents d’injustice auxquels sont confrontés la majorité des mauritaniens.
Pour sa part Dr Soumaré Atoumane de l’UFP a attiré l’attention sur l’importance du respect qu’on doit aux minorités. En Belgique, les germanophones qui ne constituent qu’une minorité de 60000 personnes ont eu droit à une reconnaissance sociale et linguistique.
M. Soumaré a attiré l’attention sur le non respect des minorités en Mauritanie en donnant l’exemple des Bambaras qui étaient reconnus par la loi sur la nationalité de 1963 mais, ils ont été exclus par la constitution de 1991. Pour lui, la reconnaissance de l’identité n’a rien à voir avec le poids démographique.
Bakari Guèye

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *