Mauritanie : une justice à deux vitesses

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Crédit photo: RIM 24

L’ « affaire des émeutes du Ksar » intervenue le 29 juin dernier et dont le verdict est tombé le 18 Août 2016 continue à défrayer la chronique.

Cette affaire a vu les 23 prévenus – dont la plupart seraient étrangers à ces événements – condamnés à de lourdes peines de prison (jusqu’à 15 ans pour certains), a suscité l’émoi des organisations nationales de défense des droits de l’homme (donc non affiliés au pouvoir) ainsi que de la communauté internationale.

C’est ainsi que l’Union Européenne et les Etats-Unis, entre autres, Amnesty International, la RADHO… tous ont exprimé leur indignation face à ce simulacre de procès. Les avocats de la défense, ont très vite choisi la politique de la chaise vide pour ne pas cautionner ce qu’ils estimaient n’être qu’une parodie de justice.

Plus grave encore, les différents partenaires de la Mauritanie susmentionnés et les organisations de défense des droits humains ont vivement condamné les actes de torture auxquels auraient été soumis les personnes jugées et ce, au cours de leur détention dans les geôles de la police judiciaire, avant le procès.

Pourtant, la Mauritanie est signataire de conventions internationales interdisant la torture, de plus, le gouvernement a récemment instauré un Mécanisme National de Prévention contre la torture(MNP), son président et ses membres ont été nommés en avril dernier mais ils n’ont pas levé le plus petit doigt pour dénoncer ce qui vient de se passer, pas plus d’ailleurs que la pompeuse Commission Nationale des Droits de l’Homme(CNDH) dont les missions inutiles à l’étranger coûtent des fortunes au contribuable mauritanien.

Fidèle à sa piètre politique en matière de communication, le pouvoir a attendu près d’une dizaine de jours après l’énoncé du verdict pour publier ce vendredi, par l’entremise du Parquet Général, un communiqué laconique et peu convaincant affirmant sans arguments crédibles que ce procès était « équitable et transparent ».

Il s’agit là d’un communiqué désespéré qui passera inaperçu face au déluge de condamnations et de réprobations qui continuent à fuser de tous les coins du globe.

Une fois de plus, la justice mauritanienne s’est distinguée par sa singularité et son inféodation au pouvoir exécutif.

Et cela est d’autant plus plausible que les personnes jugées étaient pour la plupart des militants antiesclavagistes, membre de l’ONG  » l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste » (IRA) qui rend la vie de plus en plus dure au pouvoir en place. Et ce dernier, le lui rend bien en utilisant la justice pour tenter de décapiter cette foudre de guerre.

Sinon comment comprendre un verdict aussi dur -et encore, le parquet le juge clément- pour des gens dont certains seraient innocents.

En effet, même dans les procès rocambolesques des grands trafiquants de drogue jugés à Nouakchott, on n’avait jamais vu des peines aussi lourdes.

On n’oublie pas non plus les affaires aussi graves dont les auteurs sont des fils à papa, des affaires portées régulièrement devant les juridictions et que nos juges, gracieusement payés à nos frais (ce sont les fonctionnaires les mieux payés), s’empressent, sur des ordres venus d’en haut, de classer sans suite. Les exemples sont légion.

Quand à la torture, il va falloir du temps pour rééduquer nos hommes de loi, qui, le plus souvent, ne comprennent que le langage de la violence.

Dans nos commissariats, la gifle, le coup de pied ou de matraque sont des codes de bienvenus pour les malheureux prévenus. Quand au plat de résistance, il est autrement plus cruel.

Et sur ce plan, le délit de faciès est un facteur décisif, ce n’est pas un hasard si les habitants de Sebkha d’El Mina sont traités comme des citoyens de seconde zone, des moins que rien par nos vaillants hommes de lois et ce, dans l’impunité la plus totale.

L’État a le devoir d’agir contre ces comportements inhumains, dégradants et discriminatoires et ce, pour préserver la paix civile.

Bakari Guèye

 

 

 

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