Un proche du pouvoir à la tête du parlement mauritanien

Crédit photo: KM

Comme prévu, le député de Zouérate et bras droit du président Aziz, Cheikh Ould Baya, a été intronisé lundi 8 octobre sur le perchoir de l’Assemblée Nationale. Ce scénario longuement mûri par le pouvoir a été exécuté sans encombre et M. Baya a été élu avec une majorité fort réconfortante : 118 voix sur 149.

Cette élection sonne comme une grande victoire pour le pouvoir et le président de la République, qui voit ainsi l’un de ses plus fidèles lieutenants accéder à la tête de cette chambre parlementaire qui aura la haute main sur toutes les grandes décisions, y compris celles ayant trait à une éventuelle révision constitutionnelle qui pourrait remettre en cause la limitation des mandats présidentiels.

C’est justement cette probable éventualité qui donne la chair de poule à une opposition encore sonnée par sa débandade électorale.

Et même si le tout nouveau patron de l’Assemblée Nationale s’est montré rassurant dans son premier discours : « Je m’engage à déployer tous les moyens dont je dispose pour que le parlement mauritanien exerce ses prérogatives sur la base de la loyauté à la République et le respect du principe de séparation des pouvoirs, leur coopération et leur cohésion au service du peuple mauritanien », les élus de l’opposition sont loin d’être rassurés sur les véritables intentions du pouvoir.

Quoiqu’il en soit, M. Baya aura du pain sur la planche et il doit d’ores et déjà se retrousser les manches pour faire passer ses décisions face à des élus de l’opposition qui semblent déterminés à ne plus accepter d’avaler des couleuvres. Vu la carrure des députés de l’opposition, on devrait assister à de chaudes empoignades, mais pour quel résultat, serait-on tenté de nous demander.

En tout cas, du fait de la suppression du Sénat, cette assemblée aura plus de poids ; c’est désormais la seule chambre représentant le pouvoir législatif et qui sera chargée de légiférer ; son président est le successeur constitutionnellement désigné du président de la République en cas d’empêchement, d’où son importance au sein de l’échiquier du pouvoir.

Les dés sont donc jetés avec l’ouverture tumultueuse de cette législature qui revêt un cachet particulier vu les enjeux qui pointent à l’horizon : l’organisation dans quelques mois de l’élection présidentielle, avec la question du troisième mandat qui sera sans nul doute le principal sujet d’attraction au sein de cette assemblée.

De ce fait, les députés auront un rôle décisif à jouer car ce sont eux qui détiennent la clé de l’avenir du pays. Ils ont donc le devoir d’avoir le sens des responsabilités en agissant pour une fois dans l’intérêt du pays.

En effet, malgré une accalmie qui s’est traduite par la tenue d’élections plus ou moins apaisées, la situation politique demeure malheureusement tendue et un consensus doit être trouvé coûte que coûte pour éviter à la Mauritanie de s’engager dans l’aventure de l’instabilité.

Bakari Guèye

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