Mauritanie : Bilan mitigé du président Aziz

Après 10 ans de règne sans partage, le bilan du président Mohamed Ould Abdel Aziz est mitigé. Certes, des pas ont été faits dans le bon sens, notamment sur le plan sécuritaire la mise sur pied d’une armée relativement performante qui a réussi à sécuriser les frontières du pays dans une région minée par le terrorisme, le trafic transfrontalier et le crime organisé.

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Crédit photo : Magharebia, Jemal Oumar. [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons
Cette prouesse mauritanienne est devenue un cas d’école et ce n’est pas un hasard si cette expertise est reconnue par les pays de la région sahélienne qui ont fait confiance à la Mauritanie, qui mène la danse au niveau du G5 Sahel. L’organisation suscite aujourd’hui l’intérêt du monde entier ; voilà à mon avis la principale réalisation du président Aziz.

Pour le reste, les choses sont beaucoup moins reluisantes. Et pourtant au cours de ces deux mandats, la situation économique était très favorable, avec la hausse très importante des cours du fer qui a généré des bénéfices énormes pour la Mauritanie.

La gestion de cette manne ne semble pas avoir été aussi efficace qu’on veut nous le faire croire.

Certes, des infrastructures ont été érigées ça et là, des ouvrages importants ont été construits ou démarrés tels que l’aéroport Oumtounsi, des mégaprojets pour l’alimentation en eau de la capitale et de l’Est du pays -l’Afout Essahli et l’Aftout Echergui -, le nouveau palais des congrès pour ne citer que ceux là. Il s’agit d’importants projets structurants qui ont eu un impact incontestable sur la vie des populations ; mais là où le bat blesse c’est la façon dont ont été octroyés et gérés tous ces projets et les centaines d’autres qui ont été passés par le régime du gré à gré qui comme on le sait est en porte-à-faux avec les règles les plus élémentaires de la transparence.

D’autres anomalies sont à mettre sur le compte du bilan économique du président Aziz, tel que la domestication des hommes d’affaires qui se devaient de s’aligner sur le pouvoir ou disparaître. Cette situation a eu des effets néfastes sur l’économie et sur la crédibilité de la justice, et elle a agi de manière négative sur les investisseurs nationaux et étrangers.

Ce n’est donc pas un hasard si le dernier rapport du World Economic Forum publié récemment la Mauritanie est classée à la 137ème place sur 138 pays sélectionnés en termes de compétitivité économique.

Voilà qui résume à peu près ce bilan économique.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur la situation peu enviable du consommateur mauritanien pour s’en convaincre. En effet, au cours des deux mandats écoulés, les prix n’ont cessé de flamber et le pouvoir d’achat des mauritaniens s’est réduit comme une peau de chagrin. Aujourd’hui, même les mauritaniens de la classe moyenne tirent le diable par la queue. Pour les autres, c’est-à-dire la majorité du peuple, la situation devient de plus en plus intenable.

Un rapport de l’ONU présenté à la 35e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui s’est tenue du 6 au 23 juin, le fameux rapport Alston, a indiqué que les trois quarts de la population mauritanienne vivent « dans un état de pauvreté multidimensionnelle ou dans un état proche ».

L’homme étant la fin de tout développement, on peut considérer vu la situation économique extrêmement difficile que le bilan du président Aziz est en dessous de la moyenne.

Autre échec non moins patent, c’est celui enregistré dans le domaine de l’éducation où malgré les importants investissements effectués et la volonté de façade de remettre l’école mauritanienne sur les rails, la situation est allée de mal en pis.

Les prestations des services chargés de l’éducation ne sont pas à la hauteur et l’école publique continue à se débattre dans ce coma profond qui n’a que trop duré, en attendant un hypothétique sauveur.

Bakari Guèye

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