Mauritanie: Alerte à la famine au Gorgol

Crédit photo:Google

Le spectre de la famine plane à nouveau sur la région du Gorgol, au Sud de la Mauritanie. Pourtant l’un des greniers de la Mauritanie mais où les paysans exploitant les périmètres pilotes (PPG1 et PPG2) sont soumis au diktat des autorités par l’entremise de la CDD qui refuse de donner le feu vert pour le lancement de la campagne annuelle tant que ses créances n’ont pas été recouvertes à 100%.

Face à une telle aberration, le collectif des paysans du Gorgol a décidé de lancer un cri d’alarme pour alerter les autorités et les partenaires au développement des dangers encourus.

C’est dans ce cadre qu’il convient d’inscrire la conférence de presse tenue ce dimanche 05 février à l’hôtel Khater de Nouakchott.

Cette conférence a été organisée sous l’égide du Réseau des Organisations pour la Sécurité Alimentaire(ROSA) en partenariat avec Oxfam et la Coopération espagnole.

Dans son mot introductif, M. Baliou Coulibaly, l’auteur de cette initiative et porte-parole des paysans a affirmé que : «  l’un des principaux objectifs de cette conférence c’est d’amener l’opinion publique à travers la presse à comprendre la situation des paysans de Kaédi afin d’amener les pouvoirs publics et les partenaires à agir. »

Et monsieur Coulibaly d’ajouter : « Certains estiment que les paysans du Gorgol sont gâtés. Au contraire, depuis plus de 20 ans, ces paysans vivent dans une insécurité récurrente. Aujourd’hui ; l’agriculture ne nourrit plus son homme. La production est partie de 8 tonnes à l’ha en 1978 à 3 tonnes aujourd’hui.»

Pour sa part, M.Mamadou Sarr, président du ROSA a réaffirmé l’engagement de son réseau à assister les paysans du Gorgol et ce en développant un plaidoyer auprès des hautes autorités du pays qui soutient-il « doivent être les premiers à assister les populations en détresse. »

Pour M/Sarr, il conviendra aussi de mobiliser les paysans afin de les écouter et d’étudier les modalités de coopération. Le président du ROSA n’exclut pas l’organisation d’une contre-campagne destinée à soulager les paysans sinistrés.

Prenant la parole à son tour, M.Niang Samba Demba ex chef du PPG et actuel président du bureau régional des agriculteurs de Kaédi a fait le point sur la question ; affirmant que : « La situation actuelle est très complexe car une ville comme Kaédi qui ne vit que d’un périmètre agricole exploité une fois par an, si elle ne l’exploite pas, c’est la catastrophe. »

  1. Niang ajoute : « Il y a eu des crises par le passé mais ce qui se passe cette année, c’est grave car, ce sont les deux périmètres qui sont inexploités. Donc, une aide d’urgence s’impose.»

Suite aux questions des journalistes, des précisions et autres éclaircissements ont été apportés. C’est ainsi que l’ensemble des intervenants se sont émus de l’attitude des autorités, qui au moment où le pays s’emploie à atteindre son autosuffisance alimentaire, abandonnent à leur triste sort des paysans qui ne demandent qu’un petit coup de pouce pour contribuer à l’atteinte de cet objectif.

Autre mise au point, elle concerne la différence qu’il convient de faire entre petits exploitants réunis au sein de coopératives et les ténors de l’agro-business. Et, paradoxalement, ce sont ces derniers qui bénéficient des bonnes grâces des autorités. C’est ainsi par exemple qu’un seul gros exploitant aurait bénéficié d’un effacement de dette s’élevant à 40 millions d’ouguiyas, au même moment les exploitants du PPG n’ont bénéficié que d’une éponge de 11 millions.

Notons qu’à l’issue de cette conférence, un communiqué de presse signé le Collectif des Paysans et daté du 05 février a été mis à la disposition des journalistes.

Ce communiqué dresse un état des lieux plus ou moins exhaustif. Il nous apprend que l’inexploitation des deux périmètres du Gorgol qui couvrent une superficie de 3000 ha exposent 15000 ménages à « une crise alimentaire certaine ».

Le communiqué pointe un doigt accusateur vers les autorités « qui arguent le non payement des redevances qui selon les autorités locales seraient de mauvais payeurs ».Seulement, à en croire les responsables des comités de gestion de ces périmètres cités dans le communiqué, cette situation s’explique par : « le non respect des calendriers culturaux, la spéculation autour des intrants ainsi que l’absence cruciale de matériel agricole nécessaire à la préparation des sols… »

Le communiqué ajoute que : « En plus du risque de famine, une telle situation d’absence de campagnes rizicoles, expose les communautés à des risques de conflits liés à la rareté des pâturages entraînant une pression plus grande sur les ressources disponibles. »

Dans ce communiqué, les paysans regrettent la démission des cadres ressortissants de la zone et reconnaissent que l’Etat ne peut pas à lui tout seul s’occuper de tout. Mais toujours est-il que les autorités publiques qui ont la plus grande part de responsabilité à l’égard de ces populations en detresse sont invités par le collectif des paysans à agir au plus vite pour apporter une aide d’urgence et « permettre le démarrage d’une campagne de contre saison d’urgence avec des subventions qui prennent compte de l’aspect familial de ces exploitations rizicoles. »

Bakari Guèye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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