Gestation et défi de l’Unité Nationale en Mauritanie : le Parti Tawassoul présente sa vision

vision_tawassoul_unite_nationaleCrédit photo:BG

La question de l’unité nationale était au centre d’un meeting politique organisé le 21 janvier à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott par le Rassemblement National pour la Reforme et le Développement (parti Tawassoul).
Ce regroupement initié par le parti islamiste a vu une forte participation de la classe politique et notamment les partis de l’opposition réunis sous la coupe de la coalition du FNDD. On notait également la présence des leaders syndicaux et des organisations de la société civile.L’objectif de la rencontre c’était de livrer à l’opinion publique mauritanienne et étrangère sa «Vision de l’ l’Unité Nationale ».
Après une lecture de quelques versets du saint coran, le Dr Soufi Ould Cheibani, président du Conseil de la Choura au sein du parti a prononcé un mot de bienvenue au cours duquel, il a dénoncé avec la dernière énergie les caricatures du prophète(PSL) parus à la UNE de Charlie Hebdo. « Nous rejetons cette forme de liberté d’expression. C’est plutôt une liberté d’agression contre la croyance des peuples. » A-t-il martelé.
Lui succédant, la sénatrice Yaye N’Daw Coulibaly a de son coté condamné ces caricatures jugées blasphématoires.
Parlant de la situation politique, elle a affirmé : « Nous ne pouvons plus nous taire face à la situation catastrophique du pays avec les tensions sociales, la répression contre les militants des droits de l’homme, l’insécurité, les problèmes de l’éducation…C’est un scandale que nous ne soyons que 3 millions d’habitants et que nous vivions dans la misère. »
Ce fut ensuite le tour du député Hamdi Ould Brahim, Secrétaire Général du parti, d’expliquer de faire une présentation sur la forme du document élaboré par le parti sur la question de l’unité nationale. « Il s’agit dit-il du fruit de 2 ans de séminaires et de débats. C’est une approche sérieuse associant clarté et clairvoyance. Elle bannit toutes les formes d’exclusion, de frustration, d’hégémonie, d’esclavage… »
Extrait du document
De l’avis du parti, le débat sur l’unité nationale est suscité en permanence en Mauritanie sous différents angles. Cela s’explique par un concours d’événements qui ont marqué l’histoire du pays et qui sont liés à l’aspect socio-ethnique du pays, au communautarisme ou à la question de l’esclavage (pratiques et séquelles).
Il est normal que le parti Tawassoul, qui est doté d’une vision fédératrice et qui se réfère à l’Islam tout en se souciant de l’intérêt de la nation depuis sa création, accorde une grande importance à l’unité nationale, que ce soit dans sa documentation, (vision intellectuelle, déclarations politiques, statut, etc.) ou encore dans son suivi de la question (Prise de position, communiqués, relations etc.)
Mais ces efforts n’ont pas suffi pour clore le débat. L’on s’interroge de nouveau et à chaque occasion sur les atouts et menaces de la cohabitation et sur la problématique de la cohésion sociale. Tawassoul a vu alors la nécessité d’élaborer une vision globale et de proposer une approche claire aux Mauritaniens pour ainsi contribuer, sérieusement, à la préservation de leur unité et le recouvrement de leurs droits ainsi que l’instauration d’une politique de rupture avec les thèses et pratiques qui perpétuent l’injustice ou favorisent la désunion.
La République naissante en adoptant la forme islamique, prouve que seul l’Islam peut unir les Mauritaniens. Cependant, l’État a suivi une politique visant à faire taire les revendications socioculturelles ou à proposer des solutions incomplètes. L’État a été aussi incapable d’adopter une position d’arbitre dans les conflits ethnico-culturels notamment lors de la crise de 1966 (manifestations, affrontements et arrestations).
La situation en plus s’est détériorée avec le renforcement de la thèse nationaliste et ethnique après le coup d’État de 1978. Elle s’est aggravée avec l’arrivée du président Maouyaa Ould Sid Ahmed Taya (1984-2005) dont le régime a sévi sévèrement, surtout après la publication du « Manifeste du négro-mauritanien opprimé (1986) ». Cela a été suivi d’arrestations et de la tentative de coup d’État de 1987.
La crise de 1989 a été une étape douloureuse durant laquelle des Mauritaniens comme des Sénégalais ont été victimes d’exécution sommaire. La situation a cependant pris une tournure plus dangereuse entre la période 1990-1991 avec le ciblage systématique, par l’État, de la communauté négro-mauritanienne dont plusieurs membres seront soit tués soit exilés.
L’unité nationale en a été profondément secouée. Les politiques ont alors formulé des revendications, dont le flambeau a été porté par les défenseurs des droits humains, pour exiger le règlement du problème dit du « Passif humanitaire » et demander à ce qu’on mette un terme à ces injustices.
Il y a eu également les tentatives successives d’apaiser la situation d’où l’initiative du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallah (2007-2008) de rapatrier les déportés mauritaniens au Sénégal et de présenter les excuses de l’État mauritanien. D’autres dispositions ont été prises pour rétablir de bons rapports entre les Mauritaniens comme les quelques indemnisations et la prière de Kaédi qui ont eux lieu.
Mais malgré cela la crise persiste et la méfiance règne encore au sein des communautés. Ce qui fait de la question ethnique, des relations intercommunautaires et du contrat de citoyenneté des problématiques qui doivent être discutées à partir d’une vision éclairée.
Quant à la problématique de l’esclavage et ses questions relatives, dont la place des Harratins (esclaves affranchis) au sein de l’État et de la société, elle n’a pas été traitée très tôt, comme cela a été cas de la cohabitation.
D’après le diagnostic établi, la question ethnique pose la problématique de la cohabitation interethnique, la question des langues et le souhait de tous les citoyens de vivre dans un État garantissant leur diversité et leur bonne cohabitation. Elle aborde les violations des droits de l’homme par le passé (victimes et exécutions sommaires), en prenant l’exemple des déportés qui souffrent de problèmes de réintégration, de manque des services indispensables et du non respect en terme de droits fonciers et d’état civil.
La question sociale et des droits pose la problématique de l’esclavage et les moyens de son éradication complète ainsi que de ses séquelles, en vue d’instaurer un État basé sur la citoyenneté, l’égalité et sur la discrimination positive en faveur des marginalisés.
La question du communautarisme pose la problématique de la catégorisation sociale au sein des composantes nationales, ce qui a abouti à la marginalisation morale et matérielle de certains groupes. Elle exige de promouvoir l’égalité et demande d’initier une politique de rupture avec le mépris et l’exclusion. Les citoyens doivent tous se sentir protégés par l’État et par la société.
La question liée au régionalisme concerne le besoin d’équilibre en matière d’importance, de valorisation et de développement entre les différentes parties du territoire afin que toutes les régions du pays soient au même pied d’égalité dans les domaines de l’enseignement, de santé, des services publics ou de création de pôles de développement, tout en prenant compte les spécificités économiques de chaque région afin de garantir un développement homogène du pays.
La question de l’unité nationale, partant des ces quatre dimensions précitées, divise les Mauritaniens : les uns ignorent cette réalité et nient les violations des droits, le déséquilibre dans les rapports de force, dans l’influence, le pouvoir ou la richesse. Les autres exagèrent dans leur manière d’aborder la question refusant de reconnaître les progrès sociaux réalisés dans le domaine que l’on pourrait améliorer et élargir pour en tirer profit.
Axes prioritaires de la Vision
Il est nécessaire de traduire toues les théories développées en pratique suivant des axes prioritaires qui se résume comme suit :
1- Retour aux valeurs islamiques basées sur la foi et sur l’égalité entre les hommes et rependre le vrai message de l’Islam qui concrétise se sens.
2- Revenir aux enseignements de l’Islam basés sur la fraternité, la solidarité, la bienfaisance, le pardon, le soutien aux nécessiteux et sur le principe de la salutation et de la réconciliation entre les gens.
3 – Lancer un projet de réconciliation nationale qui prévoit un dialogue inclusif et objectif pour corriger les injustices du passé et ouvrier de nouvelles perspectives vers la reconstruction du pays et vers un nouveau contrat national.
4 – Apporter une solution définitive au problème du Passif humanitaire basée sur les devoirs de vérité, de mémoire et de justice ainsi que sur le principe de la réconciliation et du pardon.
5 – Réhabiliter les déportés dans leurs droits foncier et civique et leur accorder une indemnisation juste.
6- Instaurer une loi qui incrimine le racisme et sanctionne ses auteurs comme celle qui incrimine les pratiques de l’esclavage.
7 – Faire une conception générale d’une reforme éducative basée sur la culture islamique qui fédère les Mauritaniens et basée sur la langue officielle et sur les différentes langues nationales, tout en s’ouvrant aux autres langues internationales conscient des exigences du progrès et du développement.
8 – Proposer l’élargissement de la décentralisation et accorder plus de prérogatives aux conseils communaux pour qu’ils servent davantage les zones suivant les particularités sociales et les exigences du développement. Réviser aussi le découpage administratif sur de nouvelles bases justes et équilibrées.
9 – Permettre à ce qu’il ait un équilibre entre les différentes parties du territoire afin que chacune puisse bénéficier des ressources du pays. Il faut aussi prendre en compte les particularités économiques de chaque wilaya dans une stratégie nationale globale.
10 – Procéder au règlement juste et équitable du problème foncier
11 – Reformer le système judiciaire de sorte que toutes les composantes sociales y soient intégrées, pour instaurer la justice et garantir son indépendance.
12 – Faire face aux formes d’injustice sociale qu’elles soient des pratiques sectaires ou esclavagistes, par des mesures concrètes.
13 – Amener les oulémas, les imams et les autres religieux à jouer leur rôle pour empêcher de prendre l’Islam comme prétexte pour couvrir les pratiques esclavagistes.
14 – Renforcer l’esprit de citoyenneté et l’inclure dans les programmes scolaires
15 – Proposer des modèles d’intégration sociale, de solidarité économique, renforcer les liens sociaux à travers le rapprochement des groupes par des mariages intercommunautaires
16 – Adopter une politique de discrimination positive en faveur des groupes vulnérables dans l’octroi de financement, les projets de développement et dans l’enseignement.
17 – Adopter une stratégie équilibrée qui prend en charge tous les problèmes d’injustice et de marginalisations dont les composantes et les groupes qui appellent au respect de leurs droits ont été victimes tout en s’éloignant des discours qui appellent au la séparation et au discorde.
18 – Faire de sorte que les médias reflètent la diversité socioculturelle et en permettant à toutes les communautés d’accéder à ces médias de manière équitable.
19 – Réformer et élargir l’enseignement original à toutes les communautés et diffuser le message de l’Islam qui garantit l’unité nationale.
20 – Libérer notre héritage populaire de son côté négatif qui appelle au racisme, à la haine ou à l’esclavage.
21 – Faire renaître l’héritage socioculturel de toutes les composantes nationales et reconnaître les symboles et l’histoire de tous dans la scène.
Bakari Guèye

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